NÉOLIBÉRALISME : DE LA DÉLOCALISATION À LA DÉPOSSESSION

NÉOLIBÉRALISME : DE LA DÉLOCALISATION À LA DÉPOSSESSION

S’élevant à plus de 3 500 milliards d’euros, la dette de notre pays semble échapper à tout contrôle. Alors que le débat public s’épuise dans un arbitrage stérile entre hausse d’impôts et baisse des dépenses, la question essentielle reste ignorée : la France ne produit plus assez de richesse. En quatre décennies, la part de l’industrie dans notre PIB s’est effondrée de 24 % à moins de 10 %, tandis que celle de l’agriculture a été divisée par deux, tombant à 1,5 %.
C’est là le cœur de notre crise nationale, et personne n’en parle. Le système néolibéral dans lequel nous évoluons est-il la cause fondamentale de cet effondrement ? Jusqu’où la poursuite de ce système peut-il nous mener ? comment pouvons-nous sortir de ce système pervers ? Et à quel prix ?

Tout d’abord, nous allons essayer de bien comprendre ce qu’est le système néolibéral. Celui-ci repose sur un dogme central : le libre-échange, c’est-à-dire la libre circulation des marchandises, des services, des personnes et des capitaux.

Pour bien comprendre ce que cela signifie concrètement, prenons un exemple volontairement simplifié : comparons le parcours d’un entrepreneur qui souhaitait fabriquer et vendre des casseroles dans les années 1980 avec celui d’un entrepreneur d’aujourd’hui.

La libre circulation des capitaux :

  • En 1980 : L’entrepreneur ne pouvait pas investir à l’étranger sans l’aval du gouvernement. Il construisait donc son usine en France, générant de l’emploi et de la richesse locale. Les charges sociales et les impôts des patrons et des salariés étaient intégralement payés en France.
  • Aujourd’hui : Il construit son usine au Vietnam ou au Bangladesh, des pays où la main-d’œuvre travaille 70 heures par semaine, sans protection sociale, pour un salaire de 120 $ par mois.

La libre circulation des marchandises :

Grâce aux accords de libre-échange, l’entrepreneur d’aujourd’hui peut vendre ses casseroles sans aucun droit de douane dans le monde entier. Il a désormais accès à plusieurs milliards de clients potentiels, là où son prédécesseur n’en comptait que quelques millions en France.

En résumé : Il peut fabriquer ses casseroles pour un prix dérisoire et les revendre à des milliards de consommateurs.

Conséquences :

  • L’entrepreneur devient immensément riche à tel point que certains dépassent la puissance financière de plusieurs États.
  • Partout dans le monde, les usines de casseroles de tous les pays sont balayées par cette concurrence déloyale, c’est la désindustrialisation.
  • Le prix des casseroles a certes baissé mais à quel coût ! l’état doit désormais dépenser massivement:
    • pour indemniser des chômeurs en se privant des recettes fiscales et des cotisations sociales que l’entreprise aurait générées si elle avait été implantée en France.
    • Pour aider les entreprises françaises encore debout. 211 milliards d’euros sont injectés afin de leur permettre de rester compétitives et de ne pas couler. Je répète : 211 milliards d’euros.

L’histoire ne s’arrête pas là

Comme nous ne produisons plus nos propres casseroles, nous sommes désormais contraints de les importer. Mais avec quel argent ?

À partir de la loi de 1973 en France et à plus forte raison depuis le traité de Maastricht, les États se sont interdit le financement direct auprès de leur Banque centrale. Ils doivent désormais emprunter sur les marchés financiers privés en payant des intérêts, ce qui nourrit la dette année après année.

Ainsi, ce sont ceux-là mêmes qui ont détruit notre appareil industriel qui, cherchant à placer leur immense fortune, nous prêtent aujourd’hui l’argent nécessaire pour acheter ce que nous ne fabriquons plus.

Ils ont même poussé le cynisme jusqu’à nous prêter à taux zéro il y a quelques années. Le temps que nous devenions définitivement accros à la dette.

Aujourd’hui, les nouveaux emprunts se font à 3,5 % et plus. Rien que cette année, la charge de la dette — c’est-à-dire le seul remboursement des intérêts — va engloutir près de 70 milliards d’euros issus de nos impôts. Chiffre voué à exploser à l’avenir : chaque nouvel emprunt venant remplacer les anciens crédits qui avaient été contractés à des taux dérisoires.

Viendra un jour où, après avoir épuisé les hausses d’impôts possibles, il faudra piocher dans le patrimoine des particuliers, puis dans celui de l’État. Mettra-t-on un jour en vente Versailles ou la Tour Eiffel pour payer les intérêts de la dette?

Pour être tout à fait complet, le néolibéralisme c’est aussi :

  • La destruction des services publics, illustrée de manière frappante par le démantèlement d’EDF (Réf 1)
  • La financiarisation de l’économie, qui a engendré une classe désormais dominante de spéculateurs boursiers qui s’enrichit sans produire de richesse réelle tout en exigeant de la part des entreprises toujours plus de rendement et de rentabilité à court terme, c’est dire toujours plus de pression sur ceux qui produisent.

Pour que ce système mortifère pour les nations se maintienne, la complicité des hommes politiques est indispensable. Il ne faut surtout pas que le libre-échange et que la libre circulation des capitaux soient remis en question, ni que nos producteurs soient protégés par des quotas ou des droits de douane ciblés, et encore moins que notre pays dispose d’une monnaie souveraine.

Il convient donc de garantir un cadre politique et des dirigeants qui ne contesteront jamais ce modèle. Plusieurs leviers verrouillent le système :

  • La mainmise sur l’information : la possession des grands médias et des instituts de sondage par l’oligarchie financière mondialisée lui permet d’installer des dirigeants à ses ordres.
  • Le confort des élus : La rémunération plus que confortable de nos « représentants »* contribue à maintenir le système en place sans faire de vagues permettant ainsi à l’exécutif de prendre des décisions néfastes pour la nation dans le silence assourdissant du Parlement
  • L’hyper confort de la très haute fonction publique avec des rémunérations occultes supérieures à 20 000 € par mois et le système autorisé des « portes tournantes » qui consiste à faire des aller-retours entre la fonction publique et une ou plusieurs multinationales (Réf 2).
  • La défausse sur Bruxelles : Le transfert des décisions stratégiques à l’Union Européenne permet à nos élus de trahir leurs promesses électorales : « Nous ne pouvons pas le faire, car l’Europe nous l’interdit ».

Ce dernier point illustre parfaitement que l’Europe est devenue le bras armé du néolibéralisme. Avec plus de 20 000 lobbyistes mandatés par les multinationales à Bruxelles, pensez-vous vraiment que l’Europe travaille dans l’intérêt des citoyens ?

Conclusion :

Le système néolibéral dans lequel nous nous trouvons est une machine à broyer notre appareil de production industriel et agricole. Il nous précipite dans l’engrenage de la dette perpétuelle. Si nous voulons mettre fin à cette descente aux enfers, réduire les dépenses sera certes nécessaire, mais ne suffira pas.

Il faut surtout relancer la production du pays.

Cette relance ne pourra se faire sans une réelle protection de nos producteurs, une protection totalement incompatible avec le libre-échange sauvage gravé dans le marbre des traités européens qui paraissent incontournables.

Que faire avec l’Europe ? Certains pensent que l’Europe pourrait changer et évoluer vers une Europe des nations. En réalité, elle n’en prend aucunement le chemin et elle ne cesse de signer des accord de libre échange avec la planète entière.

Dès lors, il me semble plus sûr et plus rapide de la quitter au plus vite.

Cela ne sera pas une promenade de santé mais c’est la seule façon de reprendre la main pour mettre en place les mesures indispensables à la relance de la production, seule véritable source de création de richesse et de désendettement.

Je vous remercie de m’avoir lu jusqu’au bout.

 

 

Bien cordialement,
Christian TORRELL, maire de Contrazy

* Rémunération des élus : salaire d’un député français 5 950€ Net avant impôt, salaire d’un député européen 8 770€ net après impôt ! Et bien d’autres avantages :

https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/synthese/deputes-groupes-parlementaires/la-situation-materielle-du-depute

https://www.europarl.europa.eu/meps/fr/about/meps#sixthanchor

Réf 1 : Démantèlement d’EDF

https://www.youtube.com/watch?v=8F90IfUcW3w&t=5s

Réf 2 : Trés-Haute fonction publique

https://praxismedia.fr/videos/la-mafia-detat-qui-ruine-la-france/

 

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1 commentaire

  1. Entièrement d’accord avec cette analyse sérieuse et documentée de la situation. Malheureusement, moi, comme la plupart des gens, nous subissons sans pouvoir faire face. Notre seule arme : le suffrage, mais en qui faire confiance ? ?