Dans cette lettre, je me suis borné à vous transmettre les références de 2 vidéos et à retranscrire les passages que j’ai jugés intéressants.
Interview du Colonel Lawrence Wilkerson ancien chef de cabinet du secrétaire d’État Colin POWELL par Glenn Diesen.
https://www.youtube.com/watch?v=fjClWJTJy0Q&t=2903s
D’une durée globale d’une heure, la vidéo consacre la séquence de la 33ᵉ à la 44ᵉ minute aux mécanismes de la guerre de l’information en Europe. Ce passage analyse les retombées de la propagande anti-russe sur l’abêtissement de l’opinion publique, l’ampleur des fonds déployés par la CIA pour l’implanter, ainsi que les leviers d’influence visant à aligner la politique des élites européennes. En voici la transcription : :
« Je me souviens de cette vieille histoire. Je ne sais plus de quel Premier ministre il s’agissait, mais c’était en France. Le type est en réunion avec son cabinet ou des membres de son équipe quand, tout à coup, une grande clameur retentit sous la fenêtre. Le Premier ministre (ou le Président) se lève et se dirige vers la fenêtre. Quelqu’un lui demande : « Où allez-vous ? », ce à quoi il répond : « Je vais voir ce qui se passe. — Mais pourquoi faites-vous ça ? Nous avons une réunion importante en cours. — Je vais voir où vont les gens, parce que je dois y aller moi aussi. »
C’est peut-être une histoire apocryphe, mais c’est exactement ce qui va devoir se produire. Ces dirigeants vont devoir observer dans quelle direction va la majorité des gens, et ils devront la suivre.
Cela suppose … que les gens dont nous parlons sont raisonnablement bien éduqués et raisonnablement conscients de ce qui se passe autour d’eux… C’est peut-être une hypothèse très forte, voire une fausse hypothèse, car je pense que nos démocraties deviennent de plus en plus stupides…
Une partie de cette stupidité en Europe a augmenté de façon exponentielle en raison de la guerre contre la Russie. Selon moi, ce conflit pourrait être réglé assez facilement si l’on nous autorisait à remettre en question le postulat de départ.
Je ne pense pas que la Russie soit une puissance impériale cherchant à restaurer l’Union soviétique ou simplement à conquérir des territoires. Les Russes ont perçu l’élargissement de l’OTAN comme une menace existentielle et, en tant qu’acteur rationnel, c’est à cela qu’ils ont répondu. Si l’on reconnaît cette réalité, de nombreuses voix peuvent s’élever pour mettre fin à tout cela.
Mais en Europe aujourd’hui, tenir ce discours est considéré comme de la trahison. Si vous avancez cet argument, on vous accuse de légitimer les actions russes, de les soutenir et de blâmer l’OTAN au lieu d’apaiser la situation. Les dirigeants se sont enfermés idéologiquement dans ces positions pour soutenir une guerre sans fin. Et maintenant qu’ils sont en train de perdre, ils se retrouvent coincés.
Que vont-ils faire ? Prononcer soudainement les mots qui étaient interdits ? Admettre qu’il s’agissait bien d’une menace existentielle et qu’en reconnaissant cette rivalité de sécurité, nous aurions pu l’atténuer ? Il n’y a pas de place pour cela : aucun débat, rien.
Ce qui me donne un peu d’espoir, c’est que j’y étais. Je sais ce que nous avons fait, et je sais ce que nous avons fait à l’Europe. Je sais avec quel acharnement la CIA, le MI6 (les Anglais) et, dans une certaine mesure, le Mossad (les Israéliens) — même s’ils n’étaient pas des partenaires volontaires au départ, ils le sont devenus en voyant les sommes d’argent injectées — ont agi.
Comment ? Nous avons acheté des rédacteurs en chef de journaux, des dirigeants syndicaux, des parlementaires, ainsi que deux secrétaires généraux de l’OTAN : Jens Stoltenberg et Mark Rutte. Nous avons acheté des pays entiers au niveau de leur appareil politique et de tout ce qui l’influence. À partir de 2002, nous sommes vraiment passés à l’action avec des milliards de dollars versés à la CIA et à d’autres organismes comme l’USAID pour instrumentaliser la démocratie libérale.
Nous avons délibérément créé l’Europe telle qu’elle existe aujourd’hui.
Nous en payons le prix actuellement, car il faudra encore 6 à 18 mois pour se débarrasser de certaines de ces personnes. Quant aux parlementaires, Dieu sait combien de temps il faudra pour renouveler ceux qui y siègent.
Nous avons façonné l’Europe avec minutie à l’image que nous voulions…
Je me souviens qu’en 2003, la rhétorique autour de l’attaque américaine contre l’Irak était perçue comme scandaleuse, agressive et contre-productive. Les faucons, étaient à cette époque méprisés et ridiculisés en Europe. Cette époque est révolue. Ils ont aujourd’hui des homologues européens qui leur ressemblent à s’y méprendre.
La réaction de George W. Bush était un appel au combat, relayé dans une certaine mesure par Colin Powell, Dick Cheney et d’autres. C’est eux qui ont tout mis en mouvement. Jamais dans l’histoire de la CIA … l’Agence n’avait tout acheté de A à Z. Elle savait que des milliards de dollars allaient affluer, et c’est ce qui s’est passé. Ensuite, elle a orchestré le pire scénario possible.
Quand ils ont vu les manifestations contre la guerre contre l’Irak— notamment celle de Londres, la plus grande manifestation anti-guerre de l’histoire de la Grande-Bretagne et peut-être d’Europe —, Ça nous a pas plu du tout. Alors, nous avons entrepris de changer cela…
J’étais très étroitement impliqué…Ce que je n’ai pas suivi de près personnellement, mais que d’autres m’ont confirmé, c’est l’infiltration de l’Union européenne. Elle s’est déroulée en détail, parallèlement à l’infiltration de la direction de l’OTAN.
Ce n’était pas difficile. Chaque fois que nous construisions un quartier général et y placions un général trois ou quatre étoiles, les Européens demandaient à avoir le leur. Nous avons ainsi créé une énorme structure de hauts gradés (marine, armée de l’air, etc.) tellement influençables qu’il suffisait de leur souffler quelque chose à l’oreille.
Soudain, la direction militaire de l’OTAN, très lourde au sommet, exécutait tout ce qu’on lui demandait. Il suffisait aux agents de la CIA de leur souffler à l’oreille quelques mots sur la Russie…
L’exploitation de la question russe a démarré très tôt, dès la fin de l’ère Eltsine et l’arrivée de Poutine. C’est là que la russophobie a vraiment commencé à être utilisée comme un instrument de propagande… »
Interwiew de Jeffrey SACHS
Jeffrey SACHS est un universitaire et économiste américain. Il est consultant spécial auprès du secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres.
Il est connu pour ses travaux comme consultant économique auprès des gouvernements d’Amérique Latine, d’Europe de L’Est, d’ex-Yougoslavie, d’ex-Union Soviétique, d’Asie et d’Afrique.
https://www.youtube.com/watch?v=S7FXCScPFKw
La vidéo dure 26 minutes, sa vision de l’Europe et de l’OTAN est développée de la minute 3 à la minute 8. en voici la transcription :
« Il y a bien sûr l’aspect structurel. Et cet aspect structurel est très simple. L’OTAN, c’est l’alliance militaire américaine. Ce n’est pas une association. Ce n’est pas une organisation internationale d’États souverains liée par un traité. C’est l’armée des États-Unis qui opère en Europe et qui occupe militairement le continent dans une mesure considérable.
Il est d’ailleurs frappant de constater que l’Europe est occupée militairement depuis 1945. Elle n’a jamais eu le cran de dire : « Bon, cela fait 80 ou 81 ans que la guerre est finie, pourquoi ne rentrez-vous pas chez vous ? » Si l’Europe était souveraine, c’est ce qu’elle dirait. Mais après 80 ans, tous les dirigeants politiques ont été formés pour devenir, au fond, des vassaux des États-Unis. Il n’y a donc rien de tel.
En Europe, il est impossible d’être un homme ou une femme politique anti-américain au-delà — à la limite — du maire d’un petit village, parce qu’on vous couperait la tête bien avant d’atteindre un niveau supérieur. C’est un continent occupé par les Américains, et ce depuis 81 ans.
Autrefois, nous aurions simplement dessiné ce continent comme un territoire américain, mais dans notre monde actuel, ce n’est plus nécessaire. J’appelle cela un contrôle de régime plutôt qu’une occupation territoriale.
L’Empire américain opère à travers toute l’Europe. C’est incontesté, même si cela n’apparaît pas sur les cartes comme faisant partie des États-Unis. Mais sur une carte datant de l’an 1200, ce serait représenté comme un territoire américain, parce qu’il s’agit essentiellement d’un contrôle impérial indirect.
Si c’était l’Empire perse, nous parlerions de satrapie. Si nous utilisions le vocabulaire du passé, nous dirions que les États-Unis sont le suzerain et qu’il n’y a pas de politique étrangère indépendante. Et de fait, l’Europe n’a aucune politique étrangère indépendante.
Le précédent secrétaire général de l’OTAN était Jens Stoltenberg. Je l’ai connu lorsqu’il était ministre des Finances de la Norvège, puis lorsqu’il en était le Premier ministre. Nous étions amis, puis il est devenu secrétaire général de l’OTAN. À partir de là, je ne supportais plus un seul de ses mots. Absolument tout ce qu’il disait me paraissait horrible. Le pauvre homme devait s’asseoir à côté de moi chaque mois de septembre lors de l’Assemblée générale des Nations unies, car nos sièges étaient voisins. Nous nous saluions, puis je me mettais à me plaindre, et au bout d’un moment, il se levait et partait. Je ne lui en veux pas.
Mais quoi qu’il en soit, il a fini par quitter ses fonctions de secrétaire général, et dès la semaine suivante, il a dit quelque chose de sensé. J’en ai parlé à un dirigeant européen, un Premier ministre, en lui disant : « Stoltenberg a dit quelque chose de sensé. Pourquoi n’a-t-il pas dit ça lorsqu’il était secrétaire général ? » Il m’a répondu : « Jeff, quel était son poste ? » J’ai dit : « Eh bien, il était secrétaire général de l’OTAN. » Il a repris : « Pour qui travaillait-il ? — Ah, vous voulez dire les États-Unis ? — Oui, Jeff. Maintenant, il ne travaille plus pour les États-Unis. »
Ce ne sont donc pas des voix indépendantes. Ce sont des employés de l’appareil de sécurité américain. C’est douloureux à entendre, parce que l’Europe a au moins 3 000 ans de civilisation. Les États-Unis ont 250 ans, dont très peu d’années réellement civilisées. Et pourtant, cette puissance de 250 ans dirige une civilisation de 3 000 ans.
Je pense que cela ressemble probablement un peu au sentiment qu’ont pu avoir les Européens lorsque les Huns ont envahi le continent. Mais personne ne le dit. Ce n’est pas normal. C’est l’explication la plus fondamentale. »
Je vous remercie de m’avoir lu jusqu’au bout.
Bien cordialement,
Christian TORRELL, maire de Contrazy

